Pourquoi le cercle?

En marge des empoignades à l’Assemblée Nationale et des coups d’éclat des partenaires sociaux, un groupe de DRH travaille à infléchir l’action du législateur…
Qu’ont-ils donc en commun, hormis leur intérêt pour la fonction ressources humaines ? Quelles sont les raisons qui les poussent à se réunir plusieurs fois par an pour décortiquer les projets de loi ?
Sylvain Niel, qui a fondé en 2000 le Cercle des DRH, nous explique la philosophie et les objectifs de ce groupe de réflexion pas comme les autres …

Un constat: des lois difficiles d’applications.

Premières concernées par les lois portant sur le droit du travail, les entreprises sont sans doute les mieux placées pour identifier les conséquences pratiques des textes élaborés par le Parlement. Or, force est de constater qu’elles restent pratiquement absentes des débats. Résultat : le processus législatif se déroule sans qu’il soit vraiment tenu compte de la réalité du terrain.

Ce n’est que par la suite qu’apparaissent au grand jour les difficultés d’application posées par la loi. Les entreprises commencent à faire entendre leur voix, mais il est alors trop tard pour agir. L’administration du travail a beau se fendre de circulaires d’interprétations souples, diverses et variées, la seule solution réside bien souvent dans la révision du texte d’origine .Tel est d’ailleurs l’objet de ces fameuses lois DDOS : purger de leurs scories les dispositions votées par le Parlement.

Cet état de fait, souvent décrié mais rarement combattu, est à l’origine de la création du Cercle des DRH . Conscients de la dichotomie entre la loi et la réalité du terrain, ses membres ont décidé de réagir.

Une démarche: agir auprès des Institutions.

Le but du Cercle des DRH : « sécuriser » les projets de loi. Sa méthode : informer au plus tôt les pouvoirs publics des difficultés techniques recelées par les textes en cours d’élaboration et proposer des alternatives.

Le Cercle intervient en amont de la procédure législative. Dès le dépôt d’un projet de loi(1), les membres du Cercle se réunissent, dissèquent le texte et en analysent la portée. Une fois identifiées les difficultés d’application qu’il est susceptible de poser, les DRH réfléchissent et font des suggestions en vue d’aboutir à une loi plus réaliste.

Donner la parole aux DRH.

Soucieux de refléter aussi fidèlement que possible les préoccupations du terrain, le Cercle se compose de DRH provenant d’horizons divers. Ses membres appartiennent aussi bien au secteur de l’industrie (agroalimentaire, BTP, automobile) qu’à celui des services (assurances, courtage). Certains exercent leurs talents dans des groupes d’envergure internationale tandis que d’autres appartiennent à des PME.

Faire preuve de pragmatisme.

Il n’est pas question, on l’aura compris, de partir en guerre contre un projet de réforme. Le Cercle entend écarter tout parti pris idéologique. Ses membres ont donc avant tout pour objectif de cerner et de corriger les lacunes ou les incohérences des textes en cours d’élaboration, en recherchant des alternatives techniquement réalistes et politiquement acceptables.

Comment, en pratique, le Cercle des DRH procède-t-il pour élaborer et présenter ses propositions ?

Prendre le temps de la réflexion.

L’actualité juridique détermine dans une large mesure l’activité du Cercle. Le suivi de grands chantiers tels que la « réforme de la négociation collective » et « la modernisation du code du travail » implique de « coller » autant que possible au calendrier parlementaire. Dépôt, première, deuxième lecture… Chacune de ces étapes donne généralement lieu à une ou plusieurs rencontres. Les DRH analysent le ou les textes en cours d’examen et étudient les modifications ou les améliorations à y apporter en vue de la prochaine échéance parlementaire.

Bien loin de l’ambiance compassée de certains colloques, ces réunions de travail, qui ont lieu en moyenne tous les deux mois, prennent généralement la forme d’une conversation à bâtons rompus, orchestrée par Sylvain Niel. Réunis autour d’une(bonne) table, les DRH échangent, proposent et argumentent…

Au terme de ces rencontres, le Cercle détermine la version finale du projet de loi corrigé. Ce texte doit impérativement recevoir l’assentiment de tous les membres. Il est donc le fruit d’un consensus.

Influer sur le processus législatif.

Une fois définie une position commune, le Cercle entre en contact avec le ministère du Travail et, à l’occasion d’une ou de plusieurs rencontres, présente, arguments à l’appui, un texte réécrit.

La même démarche est menée auprès des parlementaires et, plus précisément, des présidents de commission. Sylvain Niel note d’ailleurs que ces propositions répondent à un réel besoin, car les décideurs ont à cœur de demander la caution des acteurs avant de se lancer dans la bataille législative.

Il n’y a donc pas rupture entre le droit et le terrain, mais plutôt dysfonctionnement dans la transmission de l’information. A charge pour les entreprises, par le biais de groupes de réflexion comme le Cercle des DRH, de faire entendre leur voix.

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